Chacun porte son âge

 

 Pour ceux que je n’ai pas nommés

Moi qui croyais nommer

Ton village et ta ville

 Ceux Qui s’en vont d’un pas

 Que l’on dirait docile

 En chemin fermé les derniers arrivés

Que je ne connais pas

Et que voici chez nous

Pour avoir fui des guerres

Et qui ne disent rien...

Mais qui ne s’en vont guère

Retenant leurs pas.

Chacun porte son âge.

Sa pierre et ses outils,

 Pour bâtir son village

Sa ville et son pays.

Qui chantera les nuits.

 De la serveuse au bar?

 Qui chantera l’ennui.

Du client qui s’attarde?

Chacun est le miroir.

 De l'autre et le regarde

.Le temps d'un départ.

Qui chantera le jour.

Pareil aux autres jours.

 De ce vieux retraité.

 Du métro de cinq heures.

Qui ressasse au milieu.

Des foules qui l'écoeurent.

Se poème d’amour?

Ses poèmes d’amour?

 Excusé

Chacun porte son âge

 Sa pierre et ses outils

Pour bâtir son village.

Sa ville et son pays.

Et ceux qui sont ici depuis la nuit des temps,

Toujours surpris de voir

 Qu'on vende ou qu'on achète

 Comme peau d'animal

Des morceaux de planète

 Avec de L’argent pour obtenir un peu

 Ils nous demandent tout

En fuyant sans arrêt

  Nos ciments sédentaires

Et mettre un peu leur jeu

  Dans l'ennui millénaire

 Que hurlaient les loups...

Chacun porte son âge

Sa pierre et ses outils,

Pour bâtir son village

Sa ville et son pays.

Chanter aussi ceux-là

Qui ne m'entendent pas

Et qui n'ont ni mon pas

Ni mes mots, ni mes rêves!

Ceux-là pour qui la vie

Est une courte trêve

 Entre deux combats

Chanter enfin pour toi,

 Chanter enfin pour vous

 Qui choisirez sans fin

La mort ou la survie

 De ce qui nous convie

 À rester debout

Chacun porte son âge

 Sa pierre et ses outils,

Pour bâtir son village

Sa ville et son pays.

 

Gilles Vigneault

 

Les fleurs en poésie

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